platane commun

Platane commun Fig. 344 from E. Gilg and K. Schumann, Das Pflanzenreich. Hausschatz des Wissens, ca. 1900 (1).jpg

E. Gilg and K. Schumann, Das Pflanzenreich.
Hausschatz des Wissens, ca. 1900

Le Platane commun (Platanus x acerifolia) est une espèce hybride entre le platane d’Occident (Amérique du Nord) et le platane d’Orient (ouest de l’Asie, sud est de l’Europe), à fertilité très faible (seule une infime partie des graines peuvent germer), apparu au cours du XVIIIème siècle en Europe.

Cette espèce est couramment utilisée comme arbre d’ornement et d’alignement le long des rues. Le terme ‘platane’ a été emprunté, via le latin, au nom grec de l’arbre, platanos, de platus, large, en référence à l’ampleur du houppier.

Sa durée de vie est estimée à un millier d’années maximum. Sa taille maximale connue est de 55 m (le Platane ‘Tête de méduse’ du château des Bruyères à Pont-Saint-Esprit, dans le Gard)(1).

Port : houppier large.

Son tronc est droit, pouvant atteindre un diamètre impressionnant avec l’âge. Son feuillage est caduc. Grandes feuilles (20 cm) alternes à 3 ou 7 lobes peu dentés. Les jeunes pousses sont couvertes de poils marron qui restent un certain temps sur les feuilles, se mêlant aux graines poilues qui se libèrent des fruits de l’année passée (en avril). Les feuilles sont grandes, coriaces, difficilement putrescibles. Les fleurs sont unisexuées, réunies en capitules sphériques pendant au bout d’un long pédoncule. Les fruits sont des petits akènes entourés d’un duvet qui facilite la dissémination par le vent. Ils sont groupés en boules ou glomérules qui persistent longtemps après la chute des feuilles.

Chaque année, les Platanes renouvellent leur écorce. Lors d’un été très chaud, cette mue s’accélère lors d’une sécheresse. En fait, les anciennes écorces sèches des platanes se détachent et tombent, explique Frédéric Ségur (2). On appelle cela la desquamation de l’écorce. Le phénomène est tout à fait normal, et répond à la nécessité pour l’arbre d’adapter progressivement son écorce à la croissance en circonférence du tronc (3).

Situé sur l’île grecque de Cos, l’Arbre d’Hippocrate (4) est un platane d’Orient sous lequel, selon la légende, Hippocrate aurait enseigné à ses élèves la médecine. Avec un tronc d’une circonférence d’environ 12 m, cet arbre est réputé être le plus grand platane d’Europe (5).

Fortes chaleurs : la pelade du Platane

Platane commun avenue du Lac 8.2018 © Myriam Deglume 0

La pelade du Platane de l’avenue du Lac à Genval
août 2018 © Myriam Deglume

Chaque année, les Platanes renouvellent leur écorce. Lors d’un été très chaud, cette mue s’accélère lors d’une sécheresse. C’est ce qu’a constaté la marraine du Platane, Arbre Remarquable situé avenue du Lac à Genval (site AR 1).

En fait, les anciennes écorces sèches des platanes se détachent et tombent, explique Frédéric Ségur (6). On appelle cela la desquamation de l’écorce. Le phénomène est tout à fait normal, et répond à la nécessité pour l’arbre d’adapter progressivement son écorce à la croissance en circonférence du tronc (7).

Platane commun avenue du Lac 8.2018 © Myriam Deglume 2

La pelade du Platane de l’avenue du Lac à Genval
août 2018 © Myriam Deglume

Voir également le reportage de Canal Zoom ‘Nos arbres en danger : depuis 1976 les sècheresses s’accentuent’ (rencontre avec Hugues Claessens, professeur en sylviculture et en écologie forestière à Gembloux Agro-Bio Tech). Diffusion le 8 août 2018 sur YouTube

SYMBOLIQUE | la régénération


(1) Tête de méduse
(2) Monsieur Arbres de la Ville de Lyon
(3) BALLET Nicolas, Pourquoi les platanes perdent autant d’écorces cet été ? in Le Progrès, 5 août 2015
(4) Arbre d’Hippocrate
(5) Notice didactique | Wikipedia
(6) Monsieur Arbres de la Ville de Lyon
(7) BALLET Nicolas, Pourquoi les platanes perdent autant d’écorces cet été ? in Le Progrès, 5 août 2015

pommier

pomme art print kitchen art apple late victorian 1885

Les pommiers sont des arbres du genre botanique Malus et de la famille des Rosacées, dont le fruit est la pomme. Ce genre comprend une quarantaine d’espèces d’arbres ou d’arbustes dont la plus importante, sur le plan de l’alimentation humaine, est le pommier domestique (Malus domestica).

On connaît aujourd’hui plus de 20 000 variétés (sous-espèces et cultivars).

Le pommier Malus sieversii (fruits comestibles) est originaire du Kazakhstan, dans la région d’Almaty du côté de la frontière chinoise. On y trouve des forêts originelles de pommiers dont certains mesurent 30 mètres de haut pour deux mètres de circonférence et vivent jusqu’à 300 ans.

La sélection des pommiers sauvages se serait faite durant les dizaines de milliers d’années précédentes grâce aux ours locaux qui, privilégiant les pommes les plus sucrées et les plus grosses, les auraient disséminées en permettant à leurs pépins de pousser depuis leurs selles.

saule

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Salix alba
Prof. Dr. Otto Wilhelm Thomé
Flora von Deutschland, Österreich und der Schweiz‘, 1885

Le Saule blanc, Saule commun, Saule argenté, Osier blanc, ou Saule Vivier est un arbre de la famille des Salicacées. C’est une espèce pionnière qui peut atteindre 25 m de haut et vivre une centaine d’années. Le tronc est droit et le houppier dressé, sauf quand l’arbre est étêté et taillé en têtard. Les jeunes rameaux sont d’un vert ou gris vert très pâle. Les feuilles, alternes, caduques, de 5 à 12 cm de long, sont entières, lancéolées, étroites, très finement dentées, effilées. La teinte argentée présente sur les deux faces de la feuille est due à de fines soies courtes, surtout présentes sur la face inférieure. Il préfère les sols frais et humides, notamment les zones alluvionnaires dans les basses vallées.

Le Saule blanc ‘têtard’, à l’écorce crevassée, est utilisé pour produire de l’osier. Il a pour cela longtemps été taillé en ‘têtard’ afin de stimuler la production de jeunes rameaux souples (1).


(1) Notice didactique | Wikipedia 

 

saule pleureur

Saule pleureur dessin P.-J. Redouté

dessin de Pierre-Joseph Redouté (1)

Le Saule pleureur (Salix babylonica) est une espèce d’arbre de la famille des Salicaceae. Son port retombant est caractéristique et en fait une espèce très appréciée comme arbre d’ornement notamment au bord des pièces d’eau. Ses longues branches-lianes pendantes sont la cause de son appellation de ‘pleureur’. Une autre explication de cette dénomination est liée au fait que de la sève ou encore de l’eau de condensation peuvent s’écouler des feuilles et des branches en quantité abondante. C’est un arbre de taille moyenne, de 10 à 30 mètres de hauteur. Les branches très flexibles ont un port retombant, l’extrémité des rameaux se rapprochant fortement du sol. Les nombreuses feuilles alternes, simples, lancéolées sont longues, étroites et finement dentées. Il peut consommer jusqu’à 400 l d’eau à l’âge adulte par jour (1).

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Art’borescence | Le Saule pleureur pinxit Claude Monet (1918)


(1) Notice didactique | Wikipedia

tilleul

Tilia grandifoliata Tilleul à grandes feuilles 1796 Ed. Deutschlands Flora un Abbildungen Johann Georg Sturm Pinxit Jacob Sturm

Le nom botanique du genre Tilia regroupe les tilleuls, des arbres sauvages et ornementaux dont les fleurs odorantes et les bractées sont utilisées en infusions apaisantes et calmantes. Ils sont plantés surtout dans les parcs, le long des avenues et sur les places publiques pour leur port et l’ombrage qu’ils fournissent, mais peuvent également se rencontrer en forêt, particulièrement dans les régions calcaires.

Les tilleuls sont des arbres à croissance rapide, à cime ovoïde, très rameuse, pouvant atteindre 1,50 m de haut, aux branches assez largement étalées. Le tronc présente une écorce d’abord grise et lisse, puis marquée de fines gerçures longitudinales assez écartées. Chez les sujets très âgés, il peut prendre un aspect aussi crevassé que celle d’un chêne. Les rameaux lisses, glabres et luisants, sont souvent rougeâtres. Les feuilles, caduques, simples, alternes, distiques, généralement asymétriques et en forme de cœur (cordiformes) forment un feuillage dense. Les bourgeons ovoïdes, globuleux, écartés du rameau, rougeâtres.

Les fleurs sont hermaphrodites, étant donc à la fois de sexe féminin et masculin. À cinq sépales et cinq pétales libres de couleur blanc jaunâtre, avec de nombreuses étamines. Les fruits présentent les caractéristiques de petites capsules sèches et globuleuses. Ils renferment une ou deux graines.

tilleul de Hollande

Le tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos Scop.) est une espèce des régions tempérées d’Europe, souvent plantée comme arbre d’alignement.

En Basse-Bavière, un tilleul à grandes feuilles domine la place du village de Ried. Cet arbre est probablement le champion de son espèce. Pendant plus d’un siècle cet arbre porta le nom de Wolframslinde (1), du nom du troubadour auteur de la version originale allemande de Parzival. Selon l’estimation des historiens, cet arbre aurait mille ans. Il semble que ce soit là un maximum, le bois de tilleul étant trop tendre pour être résistant. Toutefois, il possède une capacité de régénération importante qui lui permet de rétablir une tête arrachée par une tempête. La majorité des tilleuls ne dépassent guère 400 ans, et les tilleuls à grandes feuilles semblent être les plus résistants (2).

tilleul argenté pleureur

Le Tilleul argenté pleureur ou Tilleul de Hongrie (Tilia petiolaris) est une espèce d’arbre originaire du Proche-Orient et de l’Asie Mineure appartenant à la famille des Tiliaceae. Cette espèce produit de grands arbres à port arrondi pouvant atteindre 30-35 m de haut, avec les jeunes rameaux duveteux.

Ses feuilles aux nervures marquées sont caduques, simples, cordiformes dentées et longuement pétiolées. Elles sont de couleur vert sombre au revers feutré de blanc argenté en été et prennent une belle coloration jaune doré en automne.

La floraison donne des grappes de fleurs jaune pâle, parfumées, très abondantes en juillet-août. Il aime tous les sols profonds, bien drainés et frais.

Il supporte bien la sécheresse mais pas le gel. C’est une espèce à croissance rapide sous climat tempéré qui supporte bien la taille. Sa floraison abondante en fait une plante mellifère remarquable et son feuillage un arbre d’ornementation apprécié dans les parcs. Les propriétés médicinales de ses fleurs sont connues depuis longtemps en phytothérapie. Son bois léger quant à lui est apprécié des sculpteurs (2).

genval,clos du bocageLe tilleul à feuille argentée représente-t-il un vrai danger pour les abeilles et les bourdons ? Pour Pierre Rasmont, professeur de zoologie à l’université de Mons, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Partout, nous explique-t-il, au moment de la floraison, nous constatons que ces insectes meurent au pied de ces arbres. Ce sont des colonies entières qui disparaissent, mais à ce jour, les scientifiques ignorent quel est l’agent toxique qui provoque la mort des abeilles et des bourdons. Le problème est tel que dans certaines régions d’Europe, c’est-à-dire en Autriche ou dans certains länder allemands, on a carrément interdit la plantation de tilleuls argentés dans les aménagements urbains. Chez nous, il n’en est rien (3). Selon la Société Nationale d’Horticulture de France la toxicité du nectar de Tilleul argenté sur les abeilles serait lié à certains hybrides du Tilia argentea. Il semblerait que cela soit lié à la présence d’un sucre mannose qui aurait un effet accumulateur et narcotique sur les butineuses (4). Plantons donc plutôt un Tilleul indigène qui, lui, ne tue ni les abeilles, ni les bourdons.

tilleul d’Amérique

Le Tilleul d’Amérique est une espèce de feuillu de la famille des Tiliacées originaire de l’est de l’Amérique du Nord. C’est un arbre de taille moyenne, à feuilles caduques, atteignant une taille de 18 à 37 mètres (exceptionnellement 39 m). Le tronc peut présenter un diamètre de 1 m à 1,5 m à maturité. La couronne de l’arbre a une forme de dôme, avec une tendance à l’étalement, voire à prendre un style ‘arbre pleureur’. La couleur de l’écorce va d’un léger gris au brun clair, avec d’étroites fentes bien marquées. Les racines sont de bonne taille, profondes et ramifiées. Les rameaux d’un vert rougeoyant deviennent gris clair dès la deuxième année.

Les feuilles, de 10 à 15 cm, peuvent aller jusqu’à 25 cm, tant en longueur qu’en largeur, avec un long pétiole mince. La floraison a lieu au début et au milieu de l’été. Ses fleurs produisent un abondant nectar pour les insectes. Les graines intéressent les écureuils et les souris. Lapins et rats grignotent l’écorce quand elle est encore tendre. Les feuilles nourrissent les chenilles de nombreux papillons. L’arbre peut être propagé par éclats de souche, greffage ou semis. Dans un sol riche, l’arbre pousse rapidement mais il peut être l’objet d’attaques de nombreux insectes (4).

SYMBOLIQUE | protecteur, symbole d’amitié et de fidélité mais aussi d’amour conjugal.

48:1 Tilleul d'Amérique Franz Eugen Köhler, Köhler's Medizinal-Pflanzen, 1897
Franz Eugen Köhler, Köhler’s Medizinal-Pflanzen, 1897

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(1) Tilleul de Wolfram
(2) Notice didactique | Wikipedia
(2) LENAERTS Christine, Le tilleul argenté tueur d’abeilles ? in RTBF (On n’est pas des pigeons), 28 avril 2016, mis à jour 2 mai 2016
(3) SOCIÉTÉ NATIONALE D’HORTICULTURE DE FRANCE, Le pollen du tilleul argenté est-il nocif pour les abeilles ?, in Le Figaro, 29 juin 2015, mise à jour le 18 mars 2016
(4) correctement taillé

thuya géant

Le Cèdre de l’Ouest, le Thuya géant ou Thuya géant de Californie (Thuja plicata), est un conifère sempervirent de la famille des Cupressaceae, originaire de l’Amérique du Nord. Cette espèce est très cultivée comme arbre d’ornement, notamment dans les jardins sous forme de haies.

Il peut atteindre 50 à 60 mètres de haut (7 mètres à 20 ans), avec un diamètre de tronc allant de trois à six mètres. L’arbre peut atteindre 300 à 700 ans. Son feuillage est formé de rameaux aplatis couverts de feuilles en forme d’écailles. Celles-ci sont disposées en paires opposées, les paires successives étant à 90° les unes des autres. Les rameaux sont verts au-dessus, et verts tachés de blanc en dessous. Les cônes de 15 à 20 mm de long sur 4 à 5 mm de large, sont élancés et formés d’écailles imbriquées (1).

Quant au Thuya géant ‘Zebrina’, il présente un port pyramidal large et régulier. Son feuillage est panaché de jaune, très lumineux au printemps et en été, moins coloré en hiver.

 


(1) Notice didactique | Wikipedia

 

un travail de titan

histoires remarquablesL’histoire des Arbres Remarquables en Wallonie débuta par le recensement réalisé par deux fonctionnaires de la Région Wallonne. Dix ans durant, ils arpentèrent prairies, forêts, parcs et jardins à la recherche des Arbres Remarquables de la Région sur base de demandes émanant aussi bien des communes que de privés.

Ce travail de titan permit de répertorier plus de 22.914 Arbres Remarquables, qu’ils soient isolés, en groupe ou alignés. Sur le territoire de Rixensart, ils sont disséminés sur 53 sites différents, la plupart ayant été ‘observés’ en 1997.

Depuis, chacun d’eux dispose d’une fiche signalétique reprenant une description, la localisation, l’état sanitaire, les dimensions et l’intérêt qu’il présente (paysager, taille exceptionnelle, dendrologique, curiosité biologique, historique, folklorique/religieux, repère géographique).

L’officialisation vint quand, le 8 janvier 2013, un Arrêté ministériel approuva les listes communales des Arbres  Remarquables. Il parut le 22 février 2013 au Moniteur belge.

Ce travail représente un véritable outil pour la défense de notre patrimoine arboré remarquable, dorénavant protégé. En effet, toute modification de leur silhouette ou toute velléité d’abattage sont subordonnées à une autorisation délivrée par le Collège communal de Rixensart après consultation des services de la Division de la Nature et des Forêts.

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Liste des Arbres Remarquables répertoriés à Rixensart ⤷ cliquez ici.

l’héritage de Julia Hill

histoires remarquablesAprès avoir visionné l’intéressante série « Histoires d’arbres » diffusée par ARTE (1), je retiens particulièrement l’histoire de l’américaine Julia Hill, rebaptisée par la presse ‘Butterfly’, qui a sauvé de la déforestation un Séquoia Remarquable vieux de plus de mille ans, situé dans le parc national de Redwood en Californie.

En 1997, ce Séquoia géant, ainsi que d’autres séquoias de la même forêt, étaient menacés de destruction par la Compagnie Pacific Lumber. N’écoutant que son courage et très volontaire, Julia choisit de vivre durant 738 jours dans l’arbre qu’elle appela Luna, perchée à soixante mètres du sol, afin d’alerter le plus longtemps possible l’opinion publique. Ballotée jours et nuits sur sa plateforme par vents et tempêtes, accompagnée d’un téléphone et ravitaillée une fois par semaine, elle livra seule un vrai combat qui porta ses fruits puisque l’arbre fut sauvé ainsi que ceux qui l’entouraient sur cette colline. Interviewée après son exploit, elle affirma avec beaucoup d’émotion avoir eu difficile à revenir sur la terre ferme après avoir vécu sur ce Séquoia qui fut pour elle son meilleur ami et meilleur professeur.

Je laisse parler Julia : « Pendant la tempête, je me crispais toute entière. Le vent hurlait, je prenais la neige et la grêle en pleine figure, je ne voulais pas mourir ! (…) Je me suis recentrée sur moi-même. J’ai pensé que la branche qui reste trop rigide se casse et tombe et qu’il faut savoir affronter la tempête de la vie (…). J’ai commencé à ressentir des moments de paix et de beauté et ces moments étaient incroyables (…). Je suis montée dans l’arbre, j’avais 23 ans, quand j’en suis descendue, j’en avais 26. J’avais l’impression d’avoir beaucoup vieilli , cela m’avait tellement transformée ! Ce jour-là, je me suis effondrée, je n’avais pas touché le sol depuis plus de deux ans. Grâce à beaucoup d’amour, d’implication et de courage, mon équipe et moi avions réussi ! »

Quand elle vivait dans Luna, Julia s’est rendu compte que ses contemporains, – c’est-à-dire nous, devaient décider de l’héritage qu’ils laisseraient aux générations futures. Elle espère ainsi qu’elle aura, à sa façon, rendu le monde un peu meilleur.

Berna de Wilde d’Estmael

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(1) ARTE télévision, Histoires d’arbres, décembre 2017
(2) Photo par Thomas DeSoto | Couverture du livre « The Legacy of Luna »

la vie secrète des arbres, conte naturaliste ?

histoires remarquables,la vie secrète des arbresTraduit en 32 langues, le livre ‘La vie secrète des arbres’ de Peter Wohlleben fait actuellement un tabac en librairie. ARBORESCENCE ne pouvait manquer de vous présenter ce conte naturaliste, qui invite le lecteur à une promenade inédite en forêt et à partager le bonheur que les arbres peuvent nous donner.

Qui est l’auteur ? Peter Wohlleben a passé plus de vingt ans comme forestier en Allemagne. Il dirige maintenant une forêt écologique. Dans son livre, ce prodigieux conteur nous apprend comment s’organise la société des arbres et multiplie les anecdotes fascinantes pour nous faire partager sa passion des arbres. Pour l’auteur, les forêts ressemblent à des communautés humaines. Les ‘parents arbres’ vivent avec leurs ‘enfants arbres’ et les aident à grandir. Les arbres répondent avec ingéniosité aux dangers. Leur système radiculaire, semblable à un réseau internet végétal, leur permet de partager des nutriments avec les arbres malades mais aussi de communiquer entre eux. Et leurs racines peuvent perdurer plus de dix mille ans ….  (1).

Pas à pas, comme un semeur de graines, Peter Wohlleben nous révèle le langage des arbres, capables de communiquer entre eux par les odeurs et par les signaux électriques qu’ils émettent, mais aussi par un étonnant réseau racinaire comparable à un ‘Wood Wide Web’, toile souterraine où s’échangent des informations sur les insectes environnants ou la sécheresse du sol. On y apprend comment les populations sylvestres mettent en place des stratégies collectives de défense contre leurs agresseurs, à l’image des acacias de la savane africaine dont les feuilles se gorgent de substances toxiques pour éloigner les girafes qui les broutent, en même temps que la libération d’un gaz avertisseur alerte leurs congénères du danger (2).

Mais …. devons-nous pour autant prendre tout ce qui est écrit dans ce livre pour argent comptant ? La vérité est certainement plus nuancée. C’est ce que pense l’Académie d’Agriculture de France : L’auteur, forestier allemand, fait preuve de beaucoup de passion et d’un sens développé de la pédagogie. Il prend appui sur des observations qu’il a réalisées sur le terrain, souvent dans son ancien district forestier de l’Eifel (Rhénanie du nord – Westphalie), pour soulever de multiples questions pertinentes sur la vie des arbres au sein des forêts. Si son livre a toute sa valeur comme expression de la subjectivité militante d’une personne, il ne peut pas être considéré comme un ouvrage de vulgarisation scientifique (3). En effet, selon l’Académie d’Agriculture de France, nombre de réponses qu’il apporte prêtent malheureusement le flanc à la critique : sources absentes ou non vérifiables, extrapolations non justifiées, interprétations abusives et même erreurs manifestes.

Ainsi, devant le succès du livre, plus de 4 500 signatures de 24 pays ont été recueillies pour une pétition en ligne qui rappelle les médias à accorder plus d’attention à l’examen critique de son contenu professionnel. L’Académie d’agriculture de France invite aussi les lecteurs de ‘La vie secrète des arbres’ à exercer pleinement leur esprit critique face au contenu de cet ouvrage. En total accord avec la position prise par de nombreux universitaires allemands, elle appelle les médias français à le soumettre à un large débat contradictoire donnant toute sa place à la communauté scientifique.

L’Académie d’agriculture de France souligne enfin qu’il existe de nombreuses sources d’information de qualité sur les arbres et les forêts. Elle a elle-même entrepris la publication d’un ouvrage collectif en ligne destiné au grand public et fondé sur la littérature scientifique, intitulé ‘La forêt et le bois en France en 100 questions’, dont elle encourage la consultation (3).

Que penser ? Devant l’enthousiasme des médias et des lecteurs, nous devons exercer pleinement l’exercice critique et espérer qu’un large débat contradictoire donnera toute sa place à la communauté scientifique. En attendant, ‘La vie secrète des arbres’ a le mérite de nous inviter à aimer la forêt et ses arbres, les comprendre et les respecter !

Berna de WILDE d’ESTMAEL

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(1) SENS CRITIQUE, La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben, mars 2017
(2) LE HIR Pierre, La Vie secrète des arbres, best-seller et leçon de bonheur, in Le Monde du 29 mai 2017
(3) ACADÉMIE D’AGRICULTURE DE FRANCE, L’Académie se prononce sur le livre ‘La vie secrète des arbres’, 12 septembre 2017