l’héritage de Julia Hill

histoires remarquablesAprès avoir visionné l’intéressante série « Histoires d’arbres » diffusée par ARTE (1), je retiens particulièrement l’histoire de l’américaine Julia Hill, rebaptisée par la presse ‘Butterfly’, qui a sauvé de la déforestation un Séquoia Remarquable vieux de plus de mille ans, situé dans le parc national de Redwood en Californie.

En 1997, ce Séquoia géant, ainsi que d’autres séquoias de la même forêt, étaient menacés de destruction par la Compagnie Pacific Lumber. N’écoutant que son courage et très volontaire, Julia choisit de vivre durant 738 jours dans l’arbre qu’elle appela Luna, perchée à soixante mètres du sol, afin d’alerter le plus longtemps possible l’opinion publique. Ballotée jours et nuits sur sa plateforme par vents et tempêtes, accompagnée d’un téléphone et ravitaillée une fois par semaine, elle livra seule un vrai combat qui porta ses fruits puisque l’arbre fut sauvé ainsi que ceux qui l’entouraient sur cette colline. Interviewée après son exploit, elle affirma avec beaucoup d’émotion avoir eu difficile à revenir sur la terre ferme après avoir vécu sur ce Séquoia qui fut pour elle son meilleur ami et meilleur professeur.

Je laisse parler Julia : « Pendant la tempête, je me crispais toute entière. Le vent hurlait, je prenais la neige et la grêle en pleine figure, je ne voulais pas mourir ! (…) Je me suis recentrée sur moi-même. J’ai pensé que la branche qui reste trop rigide se casse et tombe et qu’il faut savoir affronter la tempête de la vie (…). J’ai commencé à ressentir des moments de paix et de beauté et ces moments étaient incroyables (…). Je suis montée dans l’arbre, j’avais 23 ans, quand j’en suis descendue, j’en avais 26. J’avais l’impression d’avoir beaucoup vieilli , cela m’avait tellement transformée ! Ce jour-là, je me suis effondrée, je n’avais pas touché le sol depuis plus de deux ans. Grâce à beaucoup d’amour, d’implication et de courage, mon équipe et moi avions réussi ! »

Quand elle vivait dans Luna, Julia s’est rendu compte que ses contemporains, – c’est-à-dire nous, devaient décider de l’héritage qu’ils laisseraient aux générations futures. Elle espère ainsi qu’elle aura, à sa façon, rendu le monde un peu meilleur.

Berna de Wilde d’Estmael

__________
(1) ARTE télévision, Histoires d’arbres, décembre 2017
(2) Photo par Thomas DeSoto | Couverture du livre « The Legacy of Luna »